C’est un dimanche bien sanglant, d’abord l’Irak, l’Afrique, le monde… et ce matin, à l’arrêt de bus, j’ai vu un homme s’écrouler parterre et mourir.
Devant l’immeuble de la poste, les gens se son amassé pour voir de quoi il s’agissait, certain criaient et il y avait le fils de l’homme mort qui criait aussi, il se tenait contre le mur et personne ne l’approchait, par peur d’interrompre sa peine.
Finalement, Megot, le boucher du village l’a enveloppé dans une couverture et tout le monde s’est senti soulagé.
Comme d’habitude, l’ambulance est arrivée et on a constaté le décès, alors on est retourné au travail, les psychologues sont venus trop tard mais on s’en foutait, Megot a amené l’enfant dans sa boucherie, lui a donné un os et ils ont parlés un peu.
Après le travail, je suis retourné à l’arrêt de bus avec une craie, je voulais dessiner la silhouette du mort pour qu’on se rappel. J’ai commencé par la tête, je savais qu’elle reposait à côté de la plaque d’égout où il était écrit « Ne pas ouvrir ». Pour ce qui est du corps, j’ai fais comme je pensais, en mieux que dans la réalité, avec un nœud papillon et des paillettes de toutes les couleurs, comme ça on va se souvenir de lui comme de quelqu’un de bien.
Je suis allé à la boucherie pour voir Megot et qu’il me dise la suite. A travers la vitrine, j’ai vu l’enfant derrière le comptoir, il avait des gants en plastique et servait des saucisses de Shanghai à une vieillie dame rousse et très maigre. Lorsque je suis entré, une clochette a sonné et Megot est sorti de l’arrière boutique avec un plat de tripe et un sourire honnête. On le voit souvent ce sourire sur son visage, quand il va au golf avec sa voiture rouge, il laisse passer les piétons et il est heureux, ensuite il accélère et il prend la route nationale. Celle-ci est toute droite et mène à la ville. Le golf est sur la colline, juste avant la ville. Si je ne travaillais pas tant, j’irais avec lui et on passerait la soirée à jouer, il m’apprendrait des coups et tout mais je ne peux pas, j’ai des devoirs.
Alors je lui ai demandé comment il va et tout. Il n’avait pas l’air pressé, c’est dimanche et personne n’achète de la viande le dimanche. L’enfant lui regardait les cailles mortes, il était pensif et pour pas qu’il aille trop loin, je lui ai demandé si c’était à son père qu’il pensait, il ma dit que oui et après plus rien. J’ai pris Megot à part pour parler, je voulais pas qu’on soit intimidé et je lui ai proposé de prendre l’enfant pour le moment, par gentillesse, j’ai plein de chose pour jouer a la maison et comme moi aussi j’avais perdu mon père quand j’étais gosse, Megot a accepté.
Pendant que je vous écris, il est dans la chambre à côté, je lui ai donné mes anciens livres mais il préfère regarder la télé. Je voudrais vous demander si je peux le garder pendant quelque temps. Je sais que les enfants qui ont perdu leur parents vont dans des orphelinats d’habitude mais je pensais qu’il serait trop seul là-bas. Merci de vite me répondre, je vous aime et vous dis au revoir.

Monsi Papal à la Direction des enfants seuls.